Techniques de mémorisation
Parmi mes nombreuses lubies, il m'est arrivé de m'intéresser à la magie, et ce faisant j'ai découvert quelques techniques de mémorisation que j'utilise régulièrement dans ma vie quotidienne. Voici quelques réflexions sur le sujet, et quelques techniques simples et utiles.
La mémoire est un muscle
Harry Lorayne, qui était magicien et spécialiste de la mémoire, disait que le vrai problème n'est pas qu'on oublie une chose, le problème est qu'en réalité on ne l'a pas réellement mémorisée.
En effet, mémoriser est un effort, et mémoriser durablement une information demande de se plier à cet effort.
La première technique pour mieux mémoriser est donc... d'accepter de prendre le temps de mémoriser. Et si on a pas l'habitude, au début il faudra accepter d'y passer un peu plus de temps.
La bonne nouvelle, c'est que la mémoire est un muscle, et qu'avec l'habitude, le temps de mémorisation peut se raccourcir.
Pour mémoriser il faut se rappeler
Ce qui crée la mémorisation d'une information à moyen et long terme, c'est l'effort d'essayer de s'en rappeler. Quelle que soit la méthode utilisée, pour mémoriser une information il faut donc l'apprendre, mais surtout, aller chercher à nouveau cette information dans notre mémoire.
Et d'aller la chercher plusieurs fois. Les champions de mémorisation de jeux de cartes entiers utilisent des techniques qui font qu'ils ont au moins cinq fois l'occasion de se rappeler de chaque carte.
Dans l'idéal il faut étaler ces rappels dans le temps. Par exemple, essayer de mobiliser l'information apprise le jour même, puis le lendemain, puis quelques jours après, puis une semaine après, (voire un mois après si on a le temps de le faire et qu'on veut mémoriser à très long terme). C'est pour ça qu'il vaut mieux commencer à apprendre un cours à l'avance, afin d'avoir le temps de consolider l'apprentissage dans le temps.
Mémoriser par répétition
C'est la technique qu'on utilise en général, on lit et relit jusqu'à ce que ça rentre. Cette technique a l'avantage qu'on peut l'utiliser tout de suite : tout le monde sait lire et relire un texte. Et en effet, une forme de répétition est souvent nécessaire.
On peut quand même l'améliorer un peut. Ce que j'utilise, pour mémoriser un poème par exemple :
- Lire attentivement le premier vers.
- Cacher le texte ou fermer les yeux, et réciter le premier vers.
- Lire attentivement le premier vers et le deuxième vers (ne pas sauter le premier vers pour gagner du temps).
- Cacher le texte ou fermer les yeux, et réciter les deux vers.
- Et ainsi de suite jusqu'à avoir lu et récité le poème entier.
L'avantage est de mémoriser très progressivement, par petits morceaux, et d'avoir besoin de se souvenir de chaque vers plusieurs fois.
Note : si le poème est très long, ça peut prendre beaucoup de temps. En effet, on va lire puis réciter 1+2+3+4+... vers, la somme augmente très vite avec le nombre total de vers. On peut donc travailler strophe par strophe si nécessaire.
Le lendemain, ou les fois suivantes, on peut concentrer nos efforts sur les parties qu'on a eu du mal à réciter : ajouter une intention aux répétitions.
La même technique peut fonctionner pour une définition, ou un texte. Chaque phrase est comme un vers, et chaque paragraphe est une strophe. Ou sur une liste de dates à apprendre par exemple.
Pour mémoriser un chapitre d'histoire, on n'aura pas envie d'apprendre tout le texte par cœur, ça prendrait trop de temps. On peut cependant utiliser cette technique pour mémoriser le plan du chapitre par cœur, et ensuite mémoriser un peu moins fidèlement le contenu.
Mémoriser par associations
La méthode précédente fonctionne bien pour commencer, et peut même suffire. Cependant on mémorise mieux des associations, donc une bonne technique pour mémoriser une liste d'informations est d'associer chaque information à quelque chose.
Ces techniques demandent cependant un investissement préalable.
Association à une liste fixe
Par exemple, voilà une technique que j'utilise pour mémoriser une liste de courses, et qui peut très bien fonctionner pour mémoriser un plan de document par exemple. J'ai au préalable mémorisé une liste fixe de dix choses, toujours les mêmes. Ma liste est celle-ci, et je l'ai choisi parce-que les sonorités ressemblent (de loin) aux nombres qui y sont associés.
- Main (un)
- Feu (deux)
- Roi (trois)
- Âtre (quatre)
- Singe (cinq)
- Scie (six)
- ...
Ensuite, si je dois me souvenir d'une liste de courses avec des pommes de terre, du chocolat, du dentifrice, des yaourts et des cartouches d'encre par exemple, je vais faire l'effort de créer mes associations. C'est cet effort qui me permet de mémoriser. Je vais prendre le temps d'imaginer :
- Une main qui tient plusieurs pommes de terres
- Du chocolat en feu, qui fond et qui dégouline
- Un roi qui se lave les dents avec du dentifrice sur la bouche
- Des yaourts posés dans l'âtre d'une cheminée
- Un singe tout taché d'encre bleue
On se souvient mieux des associations incongrues, donc si ces images sont un peu loufoques c'est tant mieux.
Certaines personnes se fabriquent des listes de plus de dix, mais personnellement je ne vais pas au delà.
Méthode des loci
Une variante est la méthode des loci. Locus veux dire lieu en latin, et loci est le pluriel de locus. C'est la technique du "palais mental" si on veut faire le malin comme Sherlock Holmes dans la série Sherlock (quel poseur).
L'effort préalable est de visualiser un lieux familier, comme une maison d'enfance, et d'y identifier des emplacements précis. On associe ensuite chaque information qu'on veut mémoriser à un emplacement.
On peut aussi visualiser un chemin qu'on parcourt régulièrement, comme le trajet pour aller au travail, ou le trajet pour aller à la piscine si on préfère. L'essentiel est de pouvoir parcourir vos emplacement précis dans ces lieux pour faire vos associations et ensuite les retrouver facilement.
Je n'utilise pas cette méthode, mais elle est connue et populaire.
Le code chiffres-sons
J'aime beaucoup cette méthode pour mémoriser des nombres, et je m'en sers plus souvent que je ne l'aurais imaginé. Je m'en sers à chaque fois que je dois taper mon code de carte bleue, de carte tickets restaurants, ou les divers codes pin que la vie met sur mon chemin.
L'idée est d'associer un son consonant aux 10 chiffres de base, de zéro à neuf. J'utilise la même correspondance que sur la page Wikipédia, que vous trouverez dans les liens en fin d'article.
Ensuite, pour mémoriser une suite de nombres, comme un code pin, je trouve des mots qui ont les bonnes consonnes et je crée des associations intéressantes. La correspondance chiffres-sons est uniquement phonétique, donc on a de la souplesse sur l'orthographe des mots.
Par exemple, il y a des années j'ai parlé de cette méthode lors d'un repas avec des collègues. Ils m'ont donné un nombre à mémoriser, et je me souviens encore des mots que j'ai choisi : "tomme de chèvre". Donc je me souviens encore du nombre : 131684.
Cette technique marche très bien pour les dates. Si vous voulez vous souvenir de la date de naissance de François Villon, 1431, vous pouvez imaginer une "dure amande", et qu'il se fait mal aux dents en la croquant et vous aurez cette date en tête pour un moment. Et peut-être que vous penserez aux neiges d'antan la prochaine fois que vous croquerez une amande.
L'effort ne disparaît pas
On le voit, ces méthodes par associations ne dispensent pas de l'effort, elles le rendent explicite et un peu moins barbant (un peu).
Avec l'habitude, elles accélèrent aussi le processus de mémorisation, car une fois que vous connaissez bien votre liste d'association, et que vous avez pris l'habitude de mémoriser des informations, ça va un peu plus vite. Et je trouve que je me souviens beaucoup plus longtemps des choses que j'ai mémorisées avec ces techniques.
Conclusion
Je trouve que ces techniques peuvent être utiles dans beaucoup de contextes, et je m'étonne même que certaines d'entre elles ne soient pas systématiquement enseignées aux enfants : quand on est en phase d'apprentissage, on a très souvent besoin de mémoriser beaucoup de choses, et apprendre ces techniques dès l'enfance permettrait d'en bénéficier plus tôt. D'autant que ces techniques ne sont pas nouvelles, certaines remontent à l'antiquité.